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Afrique – Bernard Lugan : « Le politique peut avoir des effets dévastateurs ». (defimedia.info 05/09/2013)

L'Afrique est-il vraiment un eldorado ? Il y a certes beaucoup de choses à faire en Afrique et, en même temps, il y a aussi beaucoup de risques avec des zones et des pays à problèmes.

C'est ce qu'a expliqué Bernard Lugan, historien, géo-politologue et spécialiste de l'Afrique continentale, lors d'un conférence-débat « Mieux connaître l'Afrique avant d'y investir » dans le cadre de l'AfrAsia Tecoma Award, le vendredi 30 août, à l'Angsana Hotel, Balaclava. Cette conférence vise ainsi à créer une nouvelle plate-forme d'échanges avec l'ensemble des nominés sélectionnés pour « L'Entrepreneur de l'Année » depuis 1995 et à promouvoir le Tecoma, marque de l'entrepreneuriat dans l'océan Indien.

Si l'Afrique attire aujourd'hui toutes les convoitises, ce continent se révèle complexe et d'une extrême diversité avec des zones de forte tension et certains États particulièrement fragiles. Une bonne connaissance de ces réalités géopolitiques – trop souvent négligées – évite de faire de mauvais choix et d'essuyer de sérieux revers. L'approche géopolitique, trop souvent négligée par économistes et financiers, est très importante et même indispen­sable quand il s'agit, non pas, de simplement faire du commerce mais d'y investir sur le long-terme.

« Si vous voulez faire du commerce avec l'Afrique, il n'y a pas de problème. Le potentiel se révèle d'ailleurs énorme puisque ce continent représente moins de 4 % du commerce mondial et la montée des classes moyennes dans certains pays génère de nouveaux besoins. Par contre, si l'on envisage d'investir en Afrique, il faut se montrer prudent et faire le bon choix » déclare Bernard Lugan.

Parmi les pays les plus performants en termes de croissance en Afrique sur la période 2008-2012, à savoir la Lybie, l'Éthiopie, le Nigeria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone, le Mozambique, le Malawi, le Rwanda et le Zimbabwe, Bernard Lugan explique que seulement trois de ces pays méritent d'être considérés par les investisseurs, notamment, l'Éthiopie, le Ghana et le Mozambique.

Croissance fragile

Il y a, selon lui, des vérités à mettre en évidence et il faut commencer à parler, non pas, de l'Afrique mais des Afriques. La croissance est fragile car elle repose essentiellement sur les matières premières. Cela avec d'énormes différences régionales en termes d'accès à la mer ainsi qu'avec le problème de la géopolitique du pétrole.

Le problème le plus important, selon Bernard Lugan, reste les problèmes politiques qui vont venir largement freiner les perspectives économiques. « L'approche macroéconomique ne facilite pas une bonne compréhension car elle fait l'impasse sur la terre et les hommes… Le politique peut avoir des effets dévas­tateurs sur l'écono­mique », main­tient-il.

Éthiopie : Un grand pays d'avenir

« L'Éthiopie est un grand pays d'avenir… C'est aussi le gendarme de la Corne de l'Afrique, disposant d'une des meilleures armées du continent avec celle de l'Angola. Mais ce pays a perdu sa façade maritime avec l'Érythrée et « une guerre est donc possible s'il veut la retrouver », explique Bernard Lugan. De gros projets, selon lui, sont en cours avec notamment celui d'une immense usine hydroélectrique pour toute la péninsule arabique.

Mais ce projet entraîne des problèmes avec l'Égypte « qui ne vit que par le Nil ». Le projet éthiopien, doublé d'un projet au Sud Soudan, va retenir l'eau que l'Égypte voulait capter pour son irrigation. L'Égypte est, comme l'indique Bernard Lugan, un pays dont le problème numéro un est la surpopulation. Le nombre d'habitants aurait atteint le cap des 100 millions alors que le pays n'a la capacité d'en nourrir que 40 millions. Ce qui explique que l'Égypte soit le premier importateur mondial de blé.

Ouganda, Angola et Tanzanie : Des pays d'avenir

D'autres pays attirent son attention comme « pays d'avenir » : l'Ouganda, l'Angola et la Tanzanie. Il se montre plus réservé au sujet du Kenya, englué dans d'éternels conflits ethniques. D'une manière générale, l'Afrique francophone semble la moins séduisante et le grand pays francophone qu'est la RDC n'existe plus vraiment comme pays avec des régions qui échappent au pouvoir de l'État.

Afrique du Sud : Des ilôts de croissance dans un pays qui s'enfonce

Loin d'avoir répondu aux attentes nées après la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud a même tendance « à s'enfoncer. » La faible croissance ne permet pas de répondre aux besoins en emplois et le chômage augmente alors qu'on assiste à une fuite des « cerveaux ». Quoi qu'il en soit, il existe des secteurs de pointe qui survivent et demeurent attrayants pour des investisseurs. Attention cependant ! Le scénario zimbabwéen n'est pas exclu et pourrait se révéler catastrophique.

Ghana : Une valeur sûre

Autre pays d'avenir, selon Bernard Lugan, c'est le Mozambique, qui dispose de terres fertiles, d'une longue façade maritime et de richesses importantes en gaz. Mais ce pays n'a pas encore totalement mis fin au problème de la guerre et, surtout, le niveau de corruption y demeure important. Il explique qu'au final, sur les 10 pays les « plus performants », le Ghana représente la valeur sûre, d'autant qu'on y a découvert des réserves pétrolières exploitées depuis 2011. Ce pays compte deux ethnies dominantes qui se trouvent toutes deux au Sud, ce qui évite les conflits régionaux dont celui « Nord contre Sud » qu'on retrouve dans plusieurs pays d'Afrique.

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